Saleh Bakri s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus marquantes du cinéma palestinien contemporain. Né le 1er mars 1977 à Jaffa, cet acteur arabe israélien d’origine palestinienne a su transcender les frontières géographiques et culturelles pour porter la voix de son peuple sur les écrans du monde entier. Son parcours artistique, indissociable de son engagement politique, témoigne d’une détermination rare à utiliser l’art comme vecteur de résistance et de témoignage.
L’essentiel à retenir 📋
Aspect | Information | Détail |
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🎭 Identité | Saleh Bakri | Acteur palestinien né le 1er mars 1977 |
🎬 Film révélateur | La visite de la fanfare (2007) | Prix du meilleur acteur second rôle |
👨👩👧👦 Famille artistique | Fils de Mohammed Bakri | Frère d’Adam et Ziad Bakri |
🏆 Formation | École Beit Zvi (2000) | Haute école d’art dramatique |
🎯 Film récent | The Teacher (2023) | Rôle principal acclamé |
🌍 Engagement | Tribunal Russell Palestine | Militant pour les droits palestiniens |
Issu d’une famille d’artistes engagés, Saleh Bakri grandit dans un environnement où l’art et la politique s’entremêlent naturellement. Son père, Mohammed Bakri, figure emblématique du cinéma palestinien, et ses frères Adam et Ziad, également acteurs, forment une dynastie artistique dédiée à la représentation de l’identité palestinienne. Cette transmission générationnelle de l’engagement créatif forge dès le plus jeune âge sa conscience politique et artistique.
Saleh Bakri et sa formation théâtrale fondatrice
La trajectoire artistique de Saleh Bakri débute par une formation rigoureuse à la Haute École d’art dramatique Beit Zvi de Ramat Gan, qu’il achève en 2000. Cette institution prestigieuse lui offre une formation technique solide, lui permettant de maîtriser aussi bien l’hébreu que l’arabe sur scène. Cette polyglottie théâtrale devient rapidement l’un de ses atouts majeurs, lui ouvrant les portes de productions variées.
Ses premiers pas professionnels se déroulent sur les planches israéliennes, notamment dans la mise en scène de « La jeune fille et la mort » dirigée par son ami Juliano Mer-Khamis. Cette collaboration artistique marquante illustre sa capacité à naviguer entre différents univers culturels tout en préservant son identité palestinienne. Son interprétation d’Hamlet en arabe dans les rues de Haïfa témoigne de sa volonté de réappropriation culturelle.
Le théâtre constitue pour lui un laboratoire d’expérimentation où il affine sa technique d’acteur et développe sa vision artistique. Cette expérience scénique lui procure la maturité nécessaire pour aborder par la suite le cinéma avec une approche déjà construite et une présence naturelle devant la caméra.
La révélation cinématographique de 2007
L’année 2007 marque un tournant décisif dans la carrière de Saleh Bakri avec sa double apparition dans « La Visite de la fanfare » d’Eran Kolirin et « Le Sel de la mer » d’Annemarie Jacir. Ces deux films, aux approches distinctes mais complémentaires, révèlent l’étendue de son talent et sa capacité d’adaptation à différents registres cinématographiques.
Dans « La Visite de la fanfare », il incarne Haled, jeune trompettiste de l’orchestre cérémoniel de la police égyptienne d’Alexandrie. Cette performance lui vaut l’Ophir du cinéma du meilleur second rôle, décerné par l’Académie du cinéma israélien, ainsi que le prix de l’acteur le plus prometteur au Festival du film de Jérusalem. Ces distinctions établissent immédiatement sa crédibilité artistique et ouvrent de nouvelles perspectives professionnelles.
« Le Sel de la mer » représente sa première incursion dans le cinéma arabe, marquant symboliquement son attachement à la représentation palestinienne. Le film, sélectionné comme soumission officielle de la Palestine aux Oscars, lui offre une visibilité internationale et confirme son statut d’acteur de référence pour le cinéma palestinien émergent.
Saleh Bakri dans les productions internationales
La reconnaissance obtenue en 2007 propulse Saleh Bakri vers des collaborations internationales prestigieuses. En 2011, il rejoint le casting de « La Source des femmes » de Radu Mihaileanu, où il incarne Sami, instituteur et époux de Leïla, interprétée par Leïla Bekhti. Cette production franco-belge lui permet de travailler avec des équipes européennes et d’enrichir son expérience cinématographique.
En 2013, il endosse le rôle-titre dans le thriller italien « Salvo » de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza. Ce film, qui remporte le Grand Prix de la Critique au Festival de Cannes, confirme sa capacité à porter seul une production et démontre sa polyvalence dans des genres cinématographiques variés. Son interprétation nuancée d’un tueur à gages sicilien témoigne de son talent d’acteur caméléon.
Ces collaborations internationales enrichissent considérablement son parcours artistique tout en maintenant son ancrage identitaire palestinien. Il parvient à concilier ouverture internationale et fidélité à ses origines, devenant progressivement un ambassadeur culturel de la Palestine sur la scène cinématographique mondiale.
L’engagement politique assumé
En 2013, Saleh Bakri franchit un cap symbolique en annonçant publiquement qu’il cessera d’apparaître dans des productions israéliennes, considérant cette décision comme « une protestation contre le fascisme croissant en Israël ». Cette prise de position courageuse illustre sa volonté de cohérence entre ses convictions politiques et ses choix professionnels.
Il refuse également de participer à toute production financée par le gouvernement israélien, revendiquant fièrement son identité palestinienne. Ses déclarations publiques, où il affirme ne ressentir « aucun lien avec Israël » et dénonce la destruction de la vie de son peuple, témoignent d’un engagement sans concession pour la cause palestinienne.
Son adhésion au Tribunal Russell sur la Palestine et son soutien public au boycott d’Israël confirment sa détermination à utiliser sa notoriété artistique comme plateforme d’expression politique. Cette cohérence entre art et engagement politique renforce sa crédibilité auprès des cinéastes palestiniens et internationaux partageant ses convictions.
The Teacher : un rôle majeur contemporain
En 2023, Saleh Bakri retrouve le premier plan avec « The Teacher » de Farah Nabulsi, un drame palestinien qui confirme sa maturité artistique. Dans ce film tourné entièrement en Cisjordanie, il incarne Basem El-Saleh, professeur d’anglais dans un lycée de Cisjordanie confronté aux défis de l’occupation israélienne.
Son interprétation de cet enseignant pris entre son engagement dans la résistance palestinienne et sa responsabilité envers ses élèves démontre sa capacité à porter des personnages complexes et nuancés. La critique internationale salue unanimement sa performance, soulignant sa capacité à transmettre la douleur et l’espoir de tout un peuple à travers un seul personnage.
Le film, présenté au Festival international du film de Toronto 2023, lui vaut le prix du meilleur acteur au Festival international du film de la mer Rouge. Cette reconnaissance confirme son statut d’acteur de premier plan du cinéma palestinien contemporain et consolide sa réputation internationale.
L’héritage artistique en construction
À quarante-sept ans, Saleh Bakri continue de construire un héritage artistique unique, alliant excellence technique et engagement politique. Sa filmographie, riche de collaborations avec des réalisateurs palestiniens de renom comme Elia Suleiman et Annemarie Jacir, témoigne de sa fidélité à la cause de son peuple tout en maintenant des standards artistiques élevés.
Son influence dépasse largement le cadre cinématographique, inspirant une nouvelle génération d’artistes palestiniens à assumer pleinement leur identité culturelle. Sa capacité à évoluer dans différents contextes linguistiques et culturels tout en préservant son authenticité palestinienne fait de lui un modèle pour les jeunes acteurs de la région.
L’avenir artistique de cet acteur accompli s’annonce riche en projets ambitieux, portés par sa volonté inébranlable de servir la cause palestinienne à travers l’excellence artistique. Son parcours illustre parfaitement comment l’art peut devenir un instrument de résistance et de témoignage, transcendant les frontières pour toucher l’humanité universelle.